Une petite histoire du théâtre - la fin du XIXe siècle

A vos carnets et vos stylos, un nouvel épisode d’Une Petite Histoire du Théâtre vous attend ! Pour devenir un acteur accompli, il est souvent nécessaire de savoir ce qui a fait de notre discipline ce qu’elle est aujourd’hui. Pour les futures comédiens et comédiennes, le théâtre, dont on retrouve les premières formes dès l’Antiquité, est une mine d’inspiration. Et pour que vous ne passiez pas pour un inculte, on vous résume dans cette rubrique, les principaux auteurs et courants théâtraux de chaque époque. Après avoir parcouru le théâtre de la première partie du XIXe siècle, intéressons-nous à la deuxième partie du siècle. Si le vaudeville y a toujours un place prédominante, d'autres mouvements ont fait leur apparition ...

 

Le XIXe siècle : 

Le théâtre naturaliste

Les origines

Au milieu du 19e siècle, l'essor de l'industrialisation et les conditions de ses travailleurs mettent en lumière les problématiques sociales. La psychologie devient par ailleurs un sujet à la mode, et nombre de théoriciens, comme Sigmund Freud, avancent les résultats de leurs études sur la psyché humaine. Les auteurs, eux, se saisissent de leur plume pour critiquer la réalité et les injustices qui les entourent, en la décrivant de la manière la plus objective et crue possible. Emile Zola, éminent journaliste est l'exemple le plus frappant quand il s'agit d'illustrer le mouvement naturaliste dont il est le chef de file.

Au théâtre, André Antoine, en créant le Théâtre Libre, donne au naturalisme un lieu d'expérimentation. Ses théories sur la mise en scène déplacent le metteur en scène de technicien à créateur, et donnent naissance à notre conception moderne de ce rôle.  Le naturel du jeu est travaillé avec soin : les personnages doivent être réalistes dans leur gestuelle et leur parler. Les sujets sont à la fois quotidien, proposant au spectateur d'assister à une tranche de vie, mais contiennent toujours dans le fond une réflexion sur une problématique sociétale. Les décors sont également modestes, représentant une cuisine, ou une usine. L'ère industrielle et l'arrivée du gaz et de l'électricité permettent la création d'éclairages, qui viennent appuyer le réalisme des décors.

Les dramaturges incontournables

Si l'on connaît surtout Emile Zola pour sa série littéraire des Rougon-Macquart, il a aussi écrit des pièces de théâtre et se pose comme créateur du mouvement naturaliste. Il est donc important de lire Thérèse Raquin ou encore Madeleine, même si son succès au théâtre fut bien moindre que celui de ses romans.

Octave Mirbeau et Henry Becque font parti des dramaturges naturalistes les plus remarqués. Le premier cherche à travers ses pièces à faire ressortir une vérité sociale avec notamment Les Corbeaux et La Parisienne. Mirbeau, lui, anarchiste, offre au public avec sa première pièce, Les Mauvais Bergers, le récit de l’éclosion d’une grève ouvrière et de son écrasement dans le sang. Elle est représentée au théâtre de la Renaissance en 1897, avec Sarah Bernhard et Lucien Guitry. On notera également son œuvre Le Foyer, histoire d'un foyer d'accueil chrétien pour jeunes adolescentes qui devient au fil des scandales un lieu exploitant le travail de ces jeunes filles.

 

Le théâtre symboliste

Les origines

Totalement à l'opposé du courant naturaliste, le symbolisme refuse lui tout réalisme et cherche à exprimer les tréfonds de l’âme humaine et des vérités métaphysiques universelles.

Le décor n'est presque pas présent. On notera l'utilisation régulière de rideau de gaze permettant de dissimuler les acteurs et les toiles de fond souvent peintes par des peintres symbolistes tel que Toulouse-Lautrec. Les personnages sont peu identifiables et les acteurs les jouent avec une lenteur exagéré et une quasi immobilité. Le texte prend alors toute la place sur scène grâce à ce cadre spatio-temporel volontairement flou.

Proche de la poésie, les drames du théâtre symboliste sont complexes et très intellectuels. Le langage est recherché et précieux, les sujets sont métaphysiques. Le style somme toute pompeux de ce théâtre ne survivra cependant pas à l'arrivée du nouveau siècle et le mouvement s'essoufle rapidement.

Les dramaturges incontournables

Le dramaturge symbolique le plus connu sera sans contexte Maurice Maeterlinck. Dans ses pièces, il développe trois thématiques : le drame statique (personnages immobiles, passifs et réceptifs à l'inconnu) ; le personnage sublime (assimilé souvent à la mort, il représente la Destinée ou la Fatalité) ; et le tragique quotidien (pas d’héroïsme, le simple fait de vivre est tragique).   Il décrit ses personnages comme « des somnambules un peu sourds constamment arrachés à un songe pénible ». Sa pièce la plus emblématique est Pelléas et Mélisande, qu'il créé en 1892 où il propose un univers imaginaire et angoissant. La réécriture de cette légende du Moyen-Age propose un drame intemporel : celui d'une histoire d'amour et de jalousie. 

Le véritable précurseur du théâtre symboliste, cependant, est Villiers de l'Isle-Adam, qui n'aura de cesse de rejeter les conventions dramatiques jusque là en place. Interessé par l'occultisme et sans conteste idéaliste, ses oeuvres dont le thème récurrent est le rêve sont empreintes d'une touche de noirceur qu'il emprunte à son modèle, Edgar Allan Poe. Axël, publié de manière posthume en 1890, est considéré par beaucoup comme un manifeste du théâtre symboliste. Mais La Révolte, publié en 1870, près de 20 ans auparavant, annonçait déjà l'identité littéraire du poète et dramaturge, résolument moderne et inconventionnel.

 

 

Vous aurez bien compris que la seconde partie du XIXe siècle oscille dans tout le milieu artistique entre symbolisme et naturalisme, et le théâtre ne fait pas exception. Refermons la page des années 1800, au combien foisonnantes pour le théâtre, et retrouvons nous bientôt pour découvrir l'évolution des courants théâtraux au siècle suivant !


Un semestre dans notre école de théâtre (2022-2023)

Nos salles de répétitions se sont vidées. Il y a dans notre école de théâtre comme un air de vacances... C'est un repos bien mérité que prennent nos élèves après une première partie d'année bien remplie ! Vous voulez savoir à quoi ont ressemblé ces quelques mois ? Restez avec nous, on vous retrace un semestre dans notre école de théâtre !

Bienvenue à la promotion Molière !

promotion Molière 2022-2023

Pour bien commencer, nous avons accueilli une nouvelle promotion d'élève. Elle est baptisée la promotion Molière, en l'honneur de l'anniversaire de la mort de ce grand homme de théâtre.

C'est une promotion de 24 élèves d'horizons tous différents, qui ont fait leur premier pas à La Manufacture de l'Acteur sous la direction de Grégory Bellanger et Clémence Carayol en interprétation ; et Félix Philippart en improvisation. Ils ont également pu découvrir le chant avec Léonardo Valazza, et la danse avec Camille Lélu, qui les a coaché sur une semaine d'atelier de découverte et d'expression corporelle.

Au retour des fêtes, ils ont pu s'essayer à la commedia dell'arte grâce au merveilleux Andreas Simma. Il nous fait l'honneur chaque année de venir enseigner sa discipline dans notre école de théâtre. Une fois les vacances terminées, ils feront la découverte de nouveaux professeurs d'interprétation et commenceront à préparer leur premier spectacle...

 

Dom Juan sur les planches au Théâtre Montmartre Galabru

Dom Juan ou le festin de Pierre Théâtre Montmartre Galabru

Nous continuons notre hommage à Molière car c'est Dom Juan ou le festin de Pierre que notre directrice pédagogique Clémence Carayol a choisi pour la présentation classique de cette année.

Depuis quelques années maintenant, les élèves de deuxième année sont dirigés par Clémence sur des textes classiques, en prose ou en alexandrins. Trois mois de travail à l'issue desquels ils montent sur scène pour présenter le résultat de leur travail.

Après Le Cid et Looking For Hamlet, c'est Dom Juan qui a été sélectionné pour accompagner la promotion Cocteau ! Drôles, pleines d'énergie et par moment effrayantes (Statue du Commandeur oblige), leurs deux représentations au Théâtre Montmartre Galabru nous ont données envie de les revoir très vite sur scène...

Et ça ne saurait tarder !

 

Un show d'ouverture 100% comédie musicale pour les 20 ans des Cours Clément !

Depuis la création de la Manufacture de l'Acteur, c'est devenu une tradition pour nos élèves de préparer le show d'ouverture de la soirée d'improvisation des Cours Clément qui se déroule tous les ans en janvier. Nos deux écoles de théâtre, jumelles, se réunissent pour fêter le début de l'année avec un match d'improvisation. Il voit s'affronter un représentant de chacun des cours de la Manufacture de l'Acteur et du Cours Clément.

Court-métrage, danse, chant, humour, le show d'ouverture est un savant mélange. Il est créé par Camille Lélu à la chorégraphie, Grégory Bellanger à la mise en scène et Leonardo Valazza au chant pour chauffer la salle avant la première manche du match. Cette année, deux semaines de préparation ont été nécessaires à nos élèves pour cette édition spéciale comédie musicale. Au programme : 10 minutes de chant et danse réunissant les 50 comédiens de notre école de théâtre sur scène ! De Starmania à Grease, en passant par Notre Dame de Paris, on a ressorti tous les plus grands classiques, pour le plus grand plaisir du public !

spectacle cours clément comédie musicale

La création du podcast de notre école de théâtre

Cette année, nous avons décidé de créer notre propre podcast ! Conçu par Clémence Carayol et animé par Félix Philippart, notre professeur d'improvisation et de théâtre forum, il est le format idéal pour que nous puissions échanger sur notre vision de la pédagogie avec nos intervenants. Au fur et à mesure des épisodes, c'est aussi les différentes disciplines rassemblées dans notre école de théâtre que vous pourrez découvrir, du théâtre classique à la danse, en passant par la comédie et le chant... Toutes ces disciplines qui font de La Manufacture de l'Acteur une formation variée et complète !

Pendant ce temps là, chez nos troisièmes années ...

stage danse Camille Lélu exercices creation corporellePour nos troisièmes années, il est bientôt l'heure de quitter le nid rassurant des salles de cours. Et ce début d'année a donc été le commencement de la professionalisation ! D'abord avec des cours de production et de mise en scène, puis avec des stages avec des artistes reconnus de notre milieu. Ils ont pu entre autres travailler avec Rémi De Vos pendant quatre semaines, sur des textes écrits par lui-même. Et ils ont participés à un stage d'écriture proposé par Hervé Le Tellier et Rémi Chenylle.

Ils ont également commencés à créer leurs cartes blanches, un exercice tout particulier dans notre école de théâtre. Nous leur proposons de les soutenir dans la création et la production de leurs premiers spectacles. Pour cela, nous avons organisé un concours composé de plusieurs tours, qui nous permet de sélectionner les deux projets finalistes qui se joueront en version courte au Théâtre Montmartre Galabru au printemps.

C'est sur un cycle de théâtre forum enseigné par Félix Philippart que nos élèves ont terminé leur semestre. Au programme pour la suite de l'année, un stage avec Johanna Boyé. Puis la préparation de leur spectacle pour le festival d'Avignon 2023...

 

... Et on boucle le semestre de notre école de théâtre avec des examens !

Deux journées d'examens et une journée d'entretiens profs-élèves plus tard, et le semestre se termine. Les examens sont conçus entre autres pour préparer nos élèves aux concours des écoles nationales. Mais ils sont aussi l'occasion pour nos eux de faire le point sur leur acquis et de nous montrer leurs univers. Il est maintenant le temps de se reposer, et se préparer à la deuxième partie de l'année, qui s'annonce excitante. Comédie musicale, spectacles de fin d'année, festival d'Avignon, on vous parle de tout très vite !


Devenir Comédien : 5 raisons de faire de la danse en école de théâtre

Ces dernières années, l’intérêt du monde artistique pour les créations pluridisciplinaires a explosé.  La danse et le théâtre sont devenus des disciplines à vases communicants. Pour une école de théâtre, il est désormais essentiel d’intégrer dans son programme pédagogique un cursus de danse. Dans cet article, on vous donne 5 raisons d’inclure la danse dans sa formation de comédien.

Raison n°1 de faire de la danse en école de théâtre

Redécouvrir son corps

danse ecole de theatre

La compétence principale que l’on attend d’un acteur est de pouvoir incarner des émotions et des personnages. Pour tout aspirant comédien, on se heurte à de nombreux obstacles qui nous empêchent d’accéder à ces états. Les postures du quotidien, les diktats de la société, et les blessures physiques et psychiques vécues dans notre vie participent à nous déconnecter de nos sensations et de notre expressivitéLa pratique de la danse, quand elle est proposée par une école de théâtre, propose un espace au comédien pour redécouvrir son corps. L’acteur prend à nouveau conscience de sa souplesse, de son amplitude de mouvement, de son occupation de l’espace et de la justesse de ses rythmes. Il apprend à échauffer et préparer son corps, à l’écouter s’il a des douleurs ou des faiblesses et à s’adapter à ces éléments. Il lâche prise sur des contraintes imposées par une vision de la normalité. En autorisant notre corps à se mouvoir différemment du quotidien par le biais de l’exploration, on accède à de multiples manières de s’exprimer. 

Raison n°2 de faire de la danse en école de théâtre

Développer son imagination

Notre corps devient à la fois sensible et disponible. Sensible parce qu’il est libéré des contraintes du réalisme pour se concentrer uniquement sur l’expressivité. Disponible parce que l’exploration nous permet une meilleure connaissance de nos limites et surtout de nos possibilités.

Raison n°3 de faire de la danse en école de théâtre

Apprendre à se connecter à l'autre

Notre société tend à sexualiser et mystifier le corps de l’autre. Beaucoup de jugements et de préjugés  se mélangent à notre perception des individus qui nous entourent. La danse est une discipline qui considère le corps comme une matière à façonner. En se confrontant au fait de devoir accueillir le contact de l’autre et d'aller à sa rencontre par le geste, les comédiens approchent le corps avec plus de bienveillance et sont plus attentifs au ressenti de leurs partenaires face à leurs gestes. 

La nécessité de proposer un espace sécurisant pour soi et pour l’autre impose la découverte d’une neutralité dans le toucher. Cette désexualisation du corps leur permet entre autres de pouvoir approcher la sensualité avec un regard apaisé. Dans une école de théâtre, ce processus est précieux car il permet à de jeunes comédiens confrontés à des scènes exigeant un contact intime avec leur partenaire de jeu de dédramatiser l’image qu’ils se font de ces échanges. 

 

danse ecole de theatre

 

Raison n°4 de faire de la danse en école de théâtre

Être un artiste tonique

danse ecole de theatre

Le métier de comédien est exigeant pour le corps. Il est important de préparer ses élèves à la réalité de leur futur métier. Dans notre école de théâtre, les cours de danse ont été pensés par Camille Lélu à la fois comme des ateliers d’explorations et des trainings de conditionnement physique. Par le biais d’exercices de renforcement musculaire et de yoga, le corps tend à être plus endurant et plus solide. Il devient plus à même de supporter le rythme des représentations et des tournages. 

 

Raison n°5 de faire de la danse en école de théâtre

Être un artiste multiple

Dans un autre temps, les créations multidisciplinaires ont désormais la préférence des programmateurs et du public. Il est de plus en plus demandé aux acteurs des notions de danse dans leurs parcours. On leur reconnaît une approche corporelle différente. Des moments dansés s’immiscent dans les œuvres théâtrales et cinématographiques tandis que la danse se laisse influencer par des éléments plus proches du théâtre.  On y voit se développer l’expressivité du visage et du regard. Le thème de l’exploration d’un espace et d’une vie quotidienne est mis sur le devant de la scène. Le travail de la chorégraphe Pina Bausch est un bon exemple de l'utilisation de l'expressivité théâtrale mélangé à la danse. C'est la raison pour laquelle nous intégrons à notre formation une comédie musicale qui rassemble les différentes promotions de l'école.


Une petite histoire du théâtre - le début du XIXe siècle

A vos carnets et vos stylos, un nouvel épisode d’Une Petite Histoire du Théâtre vous attend ! Pour devenir un acteur accompli, il est souvent nécessaire de savoir ce qui a fait de notre discipline ce qu’elle est aujourd’hui. Pour les futures comédiens et comédiennes, le théâtre, dont on retrouve les premières formes dès l’Antiquité, est une mine d’inspiration. Et pour que vous ne passiez pas pour un inculte, on vous résume dans cette rubrique, les principaux auteurs et courants théâtraux de chaque époque. Cette fois, on part découvrir l'histoire du théâtre au XIXe siècle : l’âge d’or du théâtre romantique !

 

Le XIXe siècle : 

 

Le théâtre romantique : les originesGravure La bataille d'Hernani pièce de théâtre Victor Hugo affrontement courant classique

En 1830 ont lieu les premières représentations d’Hernani de Victor Hugo. Cette pièce va à l’encontre du mouvement classique qui jusque là prédominait. Ce style nouveau crée un affrontement entre les amateurs du théâtre moderne et du théâtre classique. Cet affrontement, on le nommera La Bataille d’Hernani. Il marque les débuts du drame romantique  mené par son très célèbre chef de file, Victor Hugo

La redécouverte de Shakespeare, du romantisme allemand de Goethe et des courants romantiques anglais des XVIIe et XVIIIe siècles influence l’apparition du romantisme en France. Le romantisme marque le début des années 1820 alors que Napoléon balaie les derniers restes de la Révolution Française en se faisant couronner empereur. Avec eux s’envolent les rêves de justice, d’égalité et d’accession sociale que nourrissaient la jeunesse de cette époque, qui devient désabusée et nostalgique. 

 

Le théâtre romantique : les caractéristiques

Le plus souvent historique, le drame romantique se veut représentatif du réel par le mélange des genres. A la fois tragique et comique, “sublime” et “grotesque”, ses héros sont chevaleresques et torturés. Ils sont emprunts d’un sentiment destructeur qu’on appellera “le mal du siècle”. Il désigne une mélancolie cynique accompagnés d’élans passionnés, frustrés et violents. A l’image du Lorenzaccio d’Alfred de Musset, nous sommes face à des personnages qui peinent à trouver un sens à leur vie, et une consolation à leur déception. L’affection de ce courant pour la nature et sa contemplation représente le dernier havre de paix conservé par les protagonistes. 

Si le drame romantique cherche à émouvoir le public, on ne peut lui enlever son caractère contestataire. Dans la forme, il s’oppose à toutes les règles du courant classique deux siècles plus tôt. Dans le fond, il pointe du doigt les injustices et les travers de la société contemporaine, bien qu’écrit sous un prisme bourgeois. C'est cette caractéristique principale qui fait du romantisme un courant incontournable de l'histoire du théâtre au XIXe siècle.

Dans la préface de Cromwell, Victor Hugo théorise l'esthétique romantique en cinq points essentiels. 

  • la reproduction de la vie réelle par le mélange des genres
  • le rejet du carcan classique et notamment des règles des trois unités, de bienséances et de vraisemblance
  • la recherche d'une grande liberté créatrice
  • le maintien de la versification
  • la représentation de son environnement. 

 

Le mélodrame et le drame bourgeois

Gravure théâtre romantique au début du XIXe siècleEn parallèle du romantisme naît le mélodrame. Plus populaire, le mélodrame se caractérise par un affrontement manichéen (le bien contre le mal). Le héros y sort toujours vainqueur de situations plus pathétiques les unes que les autres. L’action, construite en trois actes, est une suite de péripéties rocambolesques et spectaculaires ( affrontements, poursuites à cheval, catastrophes en tout genre ) inspirant excitation, crainte et larmes aux spectateurs. Les ressorts dramatiques du mélodrame emportent le public dans la bataille qui se joue sous ses yeux. Le style et les émotions sont exacerbés. Le schéma très codifié de l’histoire fait monter l’intrigue jusqu’à un paroxysme avant de permettre la résolution finale. La musique est d'ailleurs souvent utilisée pour soutenir le suspens des moments les plus dramatiques.

Si ce genre est dédaigné par la critique qui le juge vulgaire et manquant de subtilité, on ne peut nier son emprise sur le public populaire de cette époque. La forme du mélodrame sera d’ailleurs très utilisée pour les premiers films muets.

Le drame bourgeois, né au XVIIIe siècle, est en quelque sorte l’ancêtre du mélodrame. En retrait depuis la fin des années 1700, il revient en force entre les années 1830 et 1840 sous l’influence d’Eugène Scribe. Un des auteurs dramatiques les plus joués de son vivant, il est pourtant totalement tombé dans l’oubli aujourd’hui. Le drame bourgeois est une représentation des questions sociales du XIXe siècle comme le mariage et l’adultère, par un prisme moralisateur. Pour dérouler son récit, il utilise de nombreux ressorts dramatiques, comme le retournement de situation, le quiproquo et le suspense

 

Les dramaturges incontournables de cette époque

portrait photographique Victor Hugo histoire du théâtre au XIXe siècle chef de file du courant romantique et du drame romantique

Pour comprendre le romantisme, il est indispensable de s’intéresser à Victor Hugo et Alfred de Musset. Hugo théorise dans la préface de Cromwell les éléments essentiels au courant romantique. Mais Alfred de Musset, avec La Confession d’un Enfant du Siècle, donne à voir grâce à un récit semi-autobiographique la vie quotidienne et les pensées d’un jeune français dans les années 1820. Ce livre est particulièrement important si l’on veut comprendre le sentiment du “mal du siècle”. Cette expression particulière est souvent utilisée pour décrire les émotions des héros romantiques. Pour Victor Hugo, on conseillera les pièces Hernani, Lucrèce Borgia et Ruy Blas. Tandis que pour Alfred de Musset, il faudra se pencher sur Lorenzaccio

René-Charles Guilbert de Pixérécourt est un auteur emblématique de l'histoire du théâtre au XIXe siècle. Il a écrit pas moins de 111 pièces, en comprenant vaudevilles, tragédies, comédies et mélodrames. Ses premiers grands succès dans le genre du mélodrame sont Victor, ou l’Enfant de la forêt et Coelina ou l’enfant du mystère

Trois auteurs majeurs portent le drame bourgeois du XIXe siècle. Eugène Scribe, dont la brillante carrière n’a pas survécu à la postérité, a fortement propulsé ce genre au début des années 1800, avec entre autres Le Verre d’Eau et Les Huguenots. La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils est une des œuvres les plus représentatives du drame bourgeois des années 1840. Et l’on terminera par parler d’Emile Augier, un autre auteur dont le nom est tombé en désuétude. Il marque l’histoire du drame bourgeois avec des pièces comme Gabrielle et Madame Caverlet.

 

Maintenant que vous êtes incollables sur les courants théâtraux dominant la première partie du XIXe siècle, on se retrouve très bientôt pour découvrir les influences de la fin des années 1800 !


Portrait d'élèves - Victor H

Depuis quelques mois, nous vous proposons de rencontrer nos élèves de troisième année. Leurs portraits sont l'occasion de découvrir leurs parcours, leurs vécus sur le métier de jeunes comédiens, et leur envie pour la suite de leurs carrières ! Cette fois-ci c'est au tour de Victor de se lancer ! Il nous parle de son expérience au festival d'Avignon de l'année passée, où il a vécu l'étrange drame.... D'être une femme !

Qui es-tu ?

Je m’appelle Victor, j’ai 28 ans et je suis originaire d’une petite province de Vendée. J’ai grandi assez loin de l’agitation urbaine, mais j’ai toujours aimé être en ville. Dès qu’il y a des projets et que ça bouge dans tous les sens, ça me stimule et ça me donne de l'énergie. Donc Paris me convient parfaitement. 

Comment as tu croisé la route du théâtre ? 

C’est une anecdote ! Je suis venu à Paris il y a un peu plus de deux ans pour faire une mission pour GreenPeace. Le dernier soir avec mon équipe, on est sorti et on s’est baladé dans Montmartre à la nuit tombée. On y a croisé un habitant du quartier et pour rire je l’ai interpellé en lui disant “Hé salut, tu connais GreenPeace ?” comme on venait de le faire tous les jours depuis un mois. Et il m’a répondu et on a commencé à parler. On a fini par passer la nuit avec cet homme qui nous a montré tous les recoins de Montmartre. On est allé aux Jardins Sauvages, on est monté sur le toit de son immeuble, c’était super sympa. Il était comédien et il m’a dit “je ne sais pas pourquoi, je te verrais bien faire quelque chose autour du jeu d’acteur. Tu pourrais aller voir en bas, il y a un théâtre qui s’appelle Le Montmartre Galabru, ça pourrait te plaire.” Je partais le lendemain mais j’y suis allé et je me suis assis dans la salle d’attente, et parmi la documentation, il y avait une carte de La Manufacture de l’Acteur qui disait “Impro, Interprétation classique et contemporaine, danse, chant”. Je me suis dit que ça avait l’air chouette. J’ai appelé, j’ai eu Grégory (le directeur de l’école, ndlr) et je lui ai dit “je repars demain” et il m’a répondu de venir passer une audition le jour-même. Et me voilà.

Quels sont les objectifs pour la suite ? 

Je ne me suis pas vraiment fixé d’objectif si ce n’est de continuer à jouer, sur un plateau, face à la caméra ou en doublage. Tant que je continue à m’amuser, que j’y trouve du plaisir et que ça m’intéresse (parce que c’est quand même très enrichissant comme expérience), je continuerais. Mais j’irais où les fils me tirent, en fonction des projets et des gens que je rencontre. Je veux simplement rester fidèle à moi-même et participer à des projets que j’aime. 

Est-ce que tu peux nous parler de la pièce que vous avez emmenée à Avignon l’année dernière ? 

Les Tracasseries domestiques c’est une comédie de Goldoni, avec une mise en scène un peu particulière. On a décidé de la jouer dans les années 70 au cœur de la mafia italienne. Et pour une question de distribution, le metteur en scène a choisi d’échanger les genres. J’ai donc joué une femme. C’était tout un périple semé d'embûches parce que je n’aime pas la caricature et il fallait essayer de se sentir naturel et soi-même dans la peau d’un genre qu’on a pas l’habitude d’incarner. On a tous pris du plaisir je pense, c’était très sympa à jouer. 

Quel personnage jouais-tu? 

Je jouais Coraline, c’était la servante d’un des pans de la famille. Elle menait à la baguette ses maîtres et mettait un peu le bazar. Elle était attirée par un des serviteurs et elle se jouait un peu de lui en prétendant qu’elle contrôlait la maison.

Qu’est-ce que tu as préféré jouer chez elle ? 

La manipulation, parce que tu peux tourner un peu autour des gens, et ils sont pendus à ce que tu vas dire et à la manière dont tu vas le dire parce que c’est toi qui as le pouvoir dans la scène. Tu peux aussi te permettre quelques improvisations. Et c’est très drôle de jouer les méchants. 

Comment as tu approché le fait de devoir jouer une femme ? 

Je pense que j’ai une part assez féminine, et j’ai beaucoup observé les femmes dans ma vie puisque j’ai grandi avec ma mère et ma sœur. Je pense que ça m’a pas mal aidé. Des proches qui sont venus me voir m’ont dit qu’il y avait plusieurs mimiques et expressions que je prenais quand je jouais Coraline qui me venaient de ma sœur. Et puis après, quand on est un peu perdu, il faut revenir sur le corps et des positions qui sont parfois clichés, mais on gomme la caricature plus tard. Le costume aidait beaucoup, en vérité, je suis assez longiligne et ça m’étirait, ça m’ouvrait au niveau de la poitrine. 

Est-ce que tu as eu des surprises à Avignon, des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ? 

Je m’attendais au rythme et je suis quelqu’un d’assez endurant mentalement. Mais je crois que j'ai eu un jour où j’étais vraiment abattu, et ça m’a surpris parce que c’est rare que je sois dans cette humeur là. Mais c’est bien parce que finalement ça m’a poussé dans mes retranchements, et ça te questionne sur ta place au sein du théâtre, de l’école, de la troupe, et puis sur ton endurance, sur tes motivations profondes et sur tes liens avec les gens. 

J’ai également été surpris à quel point j’aimais le côté professionnel. Je sais que de premier abord, je ne parais pas très rigoureux, mais finalement ce qui me motive c’est quand le projet a un côté sérieux et professionnel. Plus le projet est grand, plus je vais m’investir sur le long terme et profondément. J’ai tendance aussi à me battre pour la motivation des autres. Si je vois que pour les gens, le projet leur tient à cœur, ça me booste énormément.

Comment est-ce qu’on gère la vie en communauté pendant un mois? 

Personnellement, je m'isole. Je n’ai pas de soucis à vivre en communauté et je pense que je suis assez facile à vivre, mais dans ma vie au quotidien, j’ai souvent besoin d’une ou deux heures tranquille par jour. 

Quel conseil aurais- tu donné à ton toi du passé avant de partir pour Avignon ? 

Je pense que je me dirais de prendre plus de libertés sur le plateau. Parce que finalement on nous donne un canevas de mise en scène qui a ses raisons, mais, tous, on a mis les trois-quarts d’Avignon avant de commencer à vraiment lâcher les chevaux et prendre des libertés sur le plateau. Pour un festival comme celui-là, il fallait vraiment qu’on réussisse à s’amuser chaque jour, et les sorties de routes et les improvisations c’est vraiment ce qui a amené nos meilleures représentations. Donc garder le canevas en tête mais ne pas hésiter à improviser. Ça surprend les gens, ça te surprend toi, ton partenaire, et les spectateurs et en général ça amène du rire et des bonnes choses. 

Comment c’était comme expérience pour toi finalement ? 

Que du bonheur ! C’était magnifique ! J’ai découvert une ville qui est belle, un pan du théâtre avec toute l’énergie déployée pour des créations. Professionnellement aussi, c’était génial, j’ai aimé ce rythme de jouer tous les soirs et que peu importe le public parfois peu nombreux, il fallait présenter ce qu’on avait et espérer que ça plaise. La plupart du temps, le public sortait très content, c’était très agréable. Vraiment une très belle expérience.

Est-ce qu’une rencontre t’as marqué? 

Je pense que c’est Charlotte. J’ai eu la chance d’emmener Charlotte en voiture à l’allée. Et c’était quelqu’un que j'aimais bien mais je n’avais pas eu l’occasion de lui parler plus que ça. Et on a passé 8h en voiture, et on a commencé à se connaître un peu plus, elle me faisait beaucoup rire et j’ai bien connecté avec elle. 

As-tu un moment préféré ? 

Je pense que c’était la toute dernière soirée. Quasiment toute la troupe était partie, on était plus que trois et il y avait cet espèce de jeu de lumière dans Avignon proposé par la ville, donc on s’est baladé. Ca faisait du bien de réaliser qu’on l’avait fait, c’était éprouvant comme expérience et ce soir-là, toute la retombée est arrivée. C'est enfin les vacances, il fait beau, il fait chaud et on peut souffler. J’étais en paix après une grosse période d’agitation et de fatigue.

Des attentes pour l’Avignon de cette année ? 

J’aimerais essayer quelque chose de différent de ce que j’ai fait pour le moment. J’avais joué le Cid et Les Tracasseries Domestiques, et j’aimerais essayer autre chose. Dans l’idée, une création me plairait bien, parce que je pense qu’il y a des jolies choses qui peuvent sortir de la tête de Grégory Bellanger, qui nous mettra en scène pour cette nouvelle édition. Ca nous permettrait de proposer un univers inédit à nous-même et aux spectateurs, quelque chose que personne n’aurait imaginé, qui n’aurait pas été vu avant.  

Quels sont les projets pour cette année ? 

Je n’ai pas particulièrement de projets en dehors de l’école. Je travaille à côté et je voulais pouvoir me concentrer sur l’école, et le rythme de travail qui y est quand même assez conséquent. Maintenant on verra où l’année prochaine nous mène. 

Un mot de la fin ?

Il faut oser ! J’ai tendance un peu à l’oublier mais c’est important. J’ai souvent l’impression qu’on se retient, qu’on est dans le doute, mais il ne faut pas avoir peur et se retenir dans les choses et les univers qu’on peut essayer. 

 

Il ne nous reste plus que deux élèves à vous présenter avant leur grand départ pour le festival d'Avignon ! Et on a déjà une idée assez précise de ce qu'ils nous y préparent... Vous avez envie d'en savoir plus ? Restez à l'affut de nos réseaux sociaux dans les prochaines semaines !


Portrait d'élèves - Raphaëlle Morin

Cette année, on a décidé de vous présenter nos élèves de 3e année. C'est l'occasion de faire le bilan sur leur entrée dans la vie de comédien. Aujourd'hui, nous vous proposons de rencontrer Raphaëlle, qui a eu l'opportunité de présenter son spectacle De Boue et d'Or dans le cadre de notre Carte Blanche.

 

Qui es-tu ? Raphaëlle Morin comédienne

Je m’appelle Raphaëlle, j’ai 26 ans et je suis en troisième année à La Manufacture de l’Acteur. Avant ça, j’ai fait du théâtre en amateur, et j’ai été prof d’histoire. Je me suis rendue compte que ce n’était pas du tout ce que je voulais faire. Donc j’ai fait une grosse reconversion professionnelle à 24 ans, et me voilà ici. 

Comment as tu croisé la route du théâtre ? 

Depuis toute petite ! J’ai un souvenir très précis de mon grand frère qui faisait des marionnettes, et à trois/quatre ans, je m’étais dit que je voulais faire comme lui. Puis, j’ai fait du théâtre au collège et au lycée et c’est comme ça que je me suis dit que le théâtre était un moyen d’exprimer ce que je n’exprimais pas forcément ailleurs. 

Quels sont les objectifs pour la suite ? 

J’aimerais bien poursuivre des projets artistiques à la fois en tant que metteure en scène et interprète. Mais aussi, je voudrais utiliser le bagage théâtral et musical, puisque la musique est très importante pour moi, au service de l’art-thérapie. J’ai besoin de ce double aspect d’à la fois apporter quelque chose sur un plateau dans un processus de création, et en même temps d’être dans l’accompagnement de personnes. 

Est-ce que tu peux nous parler de la pièce que vous avez emmenée à Avignon l’année dernière ? 

Les Tracasseries domestiques c’est une pièce de Carlo Goldoni, qui n’a jamais été jouée en France. C’était un vrai challenge parce qu’on était 12. Il fallait trouver comment faire vivre cette comédie, en s’inspirant à la fois de la Commedia Dell’Arte, mais en respectant le parti-pris, qui était de jouer à la manière de la comédie italienne des années 70-80. Il y avait beaucoup de rebondissements. Et puis comme les garçons jouaient des filles et les filles des garçons, il y avait une contrainte de jouer un autre sexe que le sien, et de jouer des personnages qui étaient très loin de nous. 

Quel personnage jouais-tu? 

Je jouais Pantalone. C'était un double défi parce que c’est un vieux, et que c’est un homme. C’est un personnage à priori très loin de moi, un médiateur, dans la pièce, entre deux familles qui se déchirent. C’est intéressant de jouer un rôle d’entremetteur, qui fouine un peu partout, qui à priori a des bonnes intentions mais qu’on a travaillé par un prisme différent, où ses intentions ne sont finalement plus si claires. Le point de vue de mise en scène de Rémi Chenylle était très intéressant. 

Je jouais également dans une double distribution un avocat véreux, comme on s’en imagine beaucoup dans la comédie italienne, qui venait défendre ses intérêts financiers auprès d’Ottavio. C'est un personnage haut en couleurs, qui apportait beaucoup de contrastes avec Pantalone qui restait dans quelque chose de psychologique. Cet avocat était quelque part un cliché du mafioso italien. 

Lequel tu as préféré ? 

J’ai aimé jouer les deux pour des raisons très différentes. Je dirais que l’avocat, c’était vraiment là où je pouvais donner toute mon énergie et j’aime beaucoup donner sur scène une énergie très puissante. L’avocat était le plus facile parce qu’il était très direct. Pantalone, c’était beaucoup plus en psychologie et en tenue, donc plus dur à jouer, mais intéressant dans le travail. 

Comment as tu approché le fait de devoir jouer un homme ? 

Ça n'a pas été évident et heureusement qu’on avait eu un travail sur le corps avec Camille Lélu. Je dirais qu’on part du corps, des attitudes à priori masculine, et de comment on les fait devenir siennes. Etant une femme, j’ai essayé de m’approprier ces codes et de réflechir à comment penser comme un homme, dans la vision stéréotypée qu’on en a. C’est un travail de grand écart. Et le contexte mafieux, avec cet univers très machiste, nous donnait pas mal de codes à exploiter. Comme le parti-pris était clair, c’était plus facile d’aller dans la caricature, mais le défi était de ne pas partir dans une caricature qui manque de sincérité et de finesse. Rémi Chenylle en était très soucieux. 

Est-ce que tu as eu des surprises à Avignon, des choses auxquelles tu ne t’attendais pas ? 

Je ne m’attendais pas à ce qu’on s’en sorte aussi bien. Je m’attendais à ce que certains soirs soient une catastrophe et malgré tout, malgré les éventuelles dissensions, on était vraiment une troupe. Chacun donnait le meilleur et chacun a fait preuve d’une réelle endurance.  

Comment est-ce qu’on gère la vie en communauté pendant un mois? 

Ce qui était particulier, c’est qu’on était dans deux maisons, et je pense que ça a rendu ça plus simple que si on avait été tous dans une seule. Mais comme on s’y attend, c’est la communication le nerf de la guerre. Il faut mettre les tensions à plat dès qu’il y en a, et on se réunit tous pour en parler. Et tout le monde s’implique dans la résolution des conflits.

Quel conseil aurais- tu donné à ton toi du passé avant de partir pour Avignon ? 

J’étais relativement sereine, mais je me dirai de me laisser tranquille et de profiter beaucoup plus de l’instant présent, d’être beaucoup plus à l’écoute de mes partenaires et de ce qui se vit sur et en dehors du plateau. Et de vivre d’autant plus intensément les choses, même les moments où on a pas envie et où on est fatigués, parce que le mois passe finalement très vite. Et après on regrette. 

Comment c’était comme expérience pour toi finalement ? 

C’était une très bonne expérience, je m’attendais à beaucoup plus de difficulté, et je suis très heureuse d’avoir fait ça avec la troupe de l’époque. On a vraiment tous tenu dans le temps et ça s’est globalement très bien passé. Pour un premier avignon, je m’attendais à ce que ce soit plus compliqué à gérer, et que ce soit au plateau, que ce soit dans les parades, dans le tractage, ou les soirées entre nous, on a réussi à maintenir un bel esprit de troupe et à grandir. Ce qui était beau, c’est qu’on a vraiment vu la pièce évoluer entre les premières fois où on faisait ce qui nous avait été demandé en répétitions, et les dernières où on a pu, en respectant la mise en scène bien sûr, prendre cette liberté tous ensemble de faire évoluer nos personnages jusque là où on le voulait. Cette belle évolution de la pièce tous ensemble, c’était réellement une belle expérience. 

Est-ce qu’une rencontre t’as marqué? 

Je ne sais pas s’il y a une rencontre extérieure qui m’a marquée. En revanche, j’ai appris à mieux connaître certains de mes camarades. Le fait d’être tous dans la même galère et dans les mêmes contraintes, il y a quelque chose d’unique qui se vit.

As-tu un moment préféré ? 

J’ai deux moments préférés. Mon anniversaire est le 14 juillet, en plein festival, et toute la journée s’est déroulée avec une super bonne ambiance, la représentation s’est très bien passé, et on est allé au Village du OFF après. C’est le seul jour où on a pu y aller avant l’instauration de nouvelles contraintes sanitaires. Et puis une des dernières journées, où on s’est vraiment lâché sur le plateau. On avait trois spectateurs, mais c’était une de nos meilleures prestations et les gens ont ri tout le temps, c’était incroyable. 

Des attentes pour l’Avignon de cette année ? 

Aller encore plus loin dans l’exploration des personnages, prendre plus de libertés. Je veux continuer dans ma lancée de réussir à dépasser mes limites et les lignes fixées par le metteur en scène. Et en termes de pièce, je crois que j’ai peu de doutes sur ce qui nous attend. Connaissant notre cher metteur en scène (Grégory Bellanger, ndlr), il y a des chances que ce soit un vaudeville. J'avoue que je ne suis pas une immense fan du vaudeville mais je sais qu’il le fait très bien, et je sais que ce sont des pièces qui marchent très bien à Avignon et qu’on a une très bonne troupe pour le faire. J’aurais aimé une création, je serais intéressée par le travail sur des écritures mais je suis ouverte à toutes propositions. 

Quels sont les projets pour cette année ? 

Je vais faire un stage comme assistante mise en scène au CRR d’Aubervilliers. Je suis très contente parce que la mise en scène ça m’intéresse beaucoup et ça me permet vraiment de mettre les pieds en plein dedans, et c’est pour un opéra en plus, Erminia sul Giordano, de Michelangelo Rossi , donc quelque chose de très différent. Ça me permet de travailler à la fois le côté théâtre et le côté musique et comme ce sont les deux domaines qui m’intéressent, je suis très contente. Et par ailleurs j’ai commencé à donner des ateliers théâtres pour des enfants dans des écoles et j’essaie de travailler les deux pôles, la création et l'accompagnement. 

Un mot de la fin ?

C’est l’heure de jouer ! C’est le mot de Xavier Lemaire qui disait, et ça m’a toujours marqué : “Quelle heure est-il ? C’est l’heure de jouer !”

 

On vous parle très vite du reste de la troupe, alors restez aux aguets !


comédiens école de théâtre

La Carte Blanche de notre école de théâtre

Qu'est-ce que la Carte blanche ?

Dans le cadre de la troisième année professionnalisante de l'école, nous donnons à nos élèves la possibilité de monter un projet de pièce de théâtre dans lequel nous les accompagnons pas à pas. Il s'agit pour eux de découvrir et de se familiariser avec tous les enjeux de la création d'un spectacle : de l'écriture ou du choix de la pièce à monter à la scénographie en passant par la distribution, les costumes, la lumière, la musique... C'est l'occasion pour les élèves de monter un spectacle au sein de leur promotion pour, on leur souhaite, en faire un spectacle pérenne, joué à Paris, Avignon ou ailleurs; qu'ils pourront présenter ensuite pour différents concours de mise en scène ou d'écriture, s'ils le souhaitent.

Quelles sont les étapes de la Carte blanche ?

Première étape : une première sélection sur dossier

Pour préparer les élèves à différents concours de mise en scène après leur formation ainsi qu'à la création de dossiers de presse et dossiers de diffusion pour leurs futurs créations, nous leur demandons de constituer un dossier de présentation de leur projet. Le jury sélectionne les plus aboutis pour la deuxième étape.

Deuxième étape : le passage devant un jury

Les porteurs des projets sélectionnés au premier tour passent ensuite devant un jury de 6 personnes constitué de membres de l'équipe pédagogique et d'un ou deux professionnels du monde du théâtre pour présenter leur projet, répondre aux questions et présenter quelques minutes de lecture avec leur équipe.

Troisième étape : la présentation d'une forme courte

Les deux projets sélectionnés après la deuxième phase ont l'opportunité de jouer au Théâtre Montmartre Galabru une forme courte de leur pièce de théâtre. C'est une étape cruciale pour confronter leur création au public et découvrir le travail avec un régisseur professionnel pour la partie lumières et musique.

Notre directeur, Grégory Bellanger, et notre directrice pédagogique, Clémence Carayol, vous expliquent plus précisément les enjeux de cet exercice particulier dans une présentation vidéo de la carte blanche.


Devenir Comédien : Pourquoi étudier le théâtre classique pour devenir comédien ?

Pour devenir comédien, on est amené à étudier à la fois le théâtre contemporain et le théâtre classique. Nos élèves en deuxième année passe chaque année l'épreuve du cycle classique. Pendant trois mois, ils étudient et jouent des scènes d'auteur classique, de Shakespeare à Molière, en passant par Racine et Corneille.

Un cycle de théâtre classique en deuxième année

On commence ce cycle en deuxième année parce que c’est un niveau de technicité et de difficulté qu’on ne peut pas aborder avant. Il faut déjà être dans le corps et avoir pris conscience du texte, de ce qu’il peut raconter, et être rentré dans le volume des mots. Aborder le théâtre classique et en particulier le texte en vers, c’est un bon exercice pour se confronter à la difficulté d'un texte et apprendre à transformer une contrainte en liberté. On s’affranchit du carcan des alexandrins pour réinjecter de la vie, du concret, du réel, du jeu, du corps, de la voix, du kinesthésique dans une forme en douze pieds très codifiée. Les alexandrins, la versification, ou le pentamètre iambique de Shakespeare ont aidé à dessiner la musicalité des langues, c’est donc important pour comprendre la langue telle qu’on la pratique de nos jours..  

Le déroulé du cycle de théâtre classique

Dans un premier temps, il s’agit d’aborder le répertoire classique avec des pièces à la fois en alexandrins et en prose, et de les relier avec les cours d’histoire du théâtre. Il s’agit de plonger les élèves dans cette ambiance classique, de voir comment on en est arrivé au théâtre dit classique historiquement et de comprendre la transformation de notre langue, de voir quelles mutations elle a engendré pour le théâtre. Il s’agit également d’aborder les alexandrins de manière très formelle et studieuse, pour comprendre comment se décompose un alexandrin, avec tous ces petits pièges et subtilités comme les diérèses, les synérèses.

La représentation d'une pièce classique en fin de cycle

Enfin, nous préparons une œuvre classique avec une présentation publique. Nous attendons des élèves qu'ils soient rigoureux dans le travail. Ils doivent dépasser les peurs qu’ils ont parfois quand ils abordent ce cycle parce qu’ils imaginent le théâtre classique comme rébarbatif et soporifique. Ou trop impressionnant ! Nous les invitons donc à sortir de leur zone de confort, à être curieux pour découvrir que le classique est en fait très vivant. 

Quelques questions à Clémence Carayol

Est-ce que tu peux nous dire d'où te vient cette passion pour Shakespeare?

Clémence : Mon premier coup de foudre, c’est le film Beaucoup de Bruit pour rien, adapté par Kenneth Branagh, qui réunit un casting international assez délirant. C’est une des premières adaptations que j’ai vue de Shakespeare et un des films qui m’a donné envie de faire de la mise en scène. La liberté d’adaptation dont Branagh a fait preuve et la maestria avec laquelle il a sublimé l’univers de l’auteur m’avaient bouleversée à l’époque. A mon sens, Branagh est le metteur en scène qui a le mieux compris l’esprit shakespearien.

Cette passion pour Shakespeare a également été alimentée par mes études d’anglais, de linguiste et de comédienne, et par les rencontres professionnelles que j’ai pu faire à Londres au Théâtre du Globe avec des metteurs en scène de la Shakespeare Company. Ça me fascine qu’un auteur qui a vécu il y a 400 ans continue à nous parler, à faire vibrer des spectateurs et à titiller notre imagination, plusieurs siècles plus tard, alors que de nombreux paradigmes ont changé. L’universalité des thèmes des pièces de Shakespeare est très puissante. J’aime Shakespeare parce que je trouve qu’il y a tout dans son théâtre et qu’on s’en sort grandi, dans l’évocation des thèmes, dans la forme du pentamètre iambique et dans la puissance qui se dégage de ses pièces. 

Qu'est-ce que tu cherches à faire ressortir en montant les pièces de cet auteur?

Clémence : Le côté intemporel et universel, les possibilités multiples que son théâtre offre en termes d’adaptation. L’universalité, l’intemporalité, la profonde humanité de personnages qu’on pense être infaillible : voilà les thèmes shakespeariens qui me parlent et que je cherche à mettre en exergue, toujours en ayant à cœur de ne jamais trahir le propos. Ces personnages paraissent de premier abord très loin de nous et de la réalité, mais ils vivent avant tout des passions humaines, des jeux de pouvoir, de la jalousie, des amours contrariées et des trahisons : quelle source intarissable d’inspiration !.

Est-ce que tu peux nous parler de Looking For Hamlet, l'adaptation que vous montez cette année ?

Clémence : C’est un clin d'œil, un hommage au Looking For Richard d’Al Pacino, un film que j’adore et dont je trouve le procédé très malin puisqu’il nous montre les coulisses de la création d’une œuvre shakespearienne. Le postulat : comment monter une œuvre comme Richard III-ou Hamlet dans notre cas-qui est une des pièces les plus jouées au monde ? Quand tu dis “to be or not to be” dans la plupart des pays occidentaux, on sait que c’est Shakespeare. Ce qui m’intéressait, c’était de créer un pont entre notre année 2022 et l’époque de la genèse de l’écriture d’Hamlet.

J’ai également eu un gros coup de cœur pour l’essai d’Olivier Py Hamlet à l’impératif, dans lequel il compile dix ans de recherche et de travail sur Hamlet. Dans son ouvrage, Py fait dialoguer les personnages de la pièce avec des figures littéraires et philosophiques telles que Freud ou Sartre, et bien d’autres encore.. Il s’agissait de révéler la modernité du propos d’Hamlet tout en appuyant davantage la forme métathéâtrale (mise en abyme du théâtre, ndlr) de la pièce. Parler de l’humain, à l’humain, à notre faillible humanité, à notre fantasme d’être les héros de notre histoire, les maîtres de notre destin.

Quelle autre pièce de Shakespeare aimerais-tu monter?

Clémence : Hamlet est une pièce à laquelle on a peur de s’attaquer: c’est LA pièce shakespearienne par essence et le spectateur la connaît; il y a donc des attentes et un fantasme autour de la pièce et du personnage. Comment en tant que metteur en scène, s’approprier une œuvre qui est rentrée dans l’inconscient collectif? That’s the question !

Pour répondre à la question, j’aimerais beaucoup monter Beaucoup de Bruit pour rien mais j’ai trop la version de Branagh en tête, et j’aurais peur de ne pas réussir à m’affranchir de la magie que j’ai ressentie en regardant son film. Il faudrait que j’ai un parti pris totalement différent, mais son adaptation me semble tellement juste que ça s’annonce compliqué. Il y a un Macbeth qui me trotte dans la tête, mais c’est un très gros projet avec beaucoup de costumes, de la composition musicale, beaucoup d’effets, donc : réflexion en cours…

Si tu avais dû choisir un autre auteur que Shakespeare pour le cycle de théâtre classique ?

Clémence : Je ne choisis pas en amont sur quel auteur on va travailler. J’attends de voir quelle est la répartition hommes/femmes, l’énergie qui se dégage du groupe, ce qu’il m'inspire. Je me serais sans doute orientée vers Racine, en partant sur une pièce en alexandrins. Cette année, Shakespeare s’est imposé de manière assez évidente : les élèves avaient envie de s’y confronter, il y avait une vraie appétence pour cet auteur donc on y est allé. 

Des idées pour l'année prochaine?

Clémence : Peut-être Molière cette fois. Le fait de choisir une pièce pour 14 ou 16 comédiens, ça demande de remanier le texte pour avoir des partitions égales. Donc je partirais sans doute davantage sur un thème autour duquel nous construirions une trame scénique en panachant plusieurs œuvres. J’ai envie de rendre la forme plus interactive également. Ca fait deux ans maintenant qu’il y a une représentation dans un théâtre parisien, et il faut que je prenne en compte que ce n’est pas juste une restitution de travail mais aussi une représentation pour des spectateurs. Il faut réfléchir à ce qu’on a envie de montrer, de raconter aux spectateurs. Et encore une fois, la composition du groupe et son énergie scénique guidera mon choix. To be continued…

 

Si vous souhaitez devenir comédien.ne et que vous êtes intéressé par notre pédagogie, vous pouvez venir découvrir notre école pendant les journées d'admission.


Portrait d'élèves - Kévin Saenger

Cette année, on a décidé de vous présenter nos élèves de 3e année. C'est l'occasion de faire le bilan sur leur entrée dans la vie de comédien. Découvrez la troupe qui emmènera leur spectacle au festival d'Avignon 2022 ! Après Hanaé Carmant, c'est au tour de Kévin Saenger de vous présenter son parcours.

 

Comment as tu croisé la route du théâtre ?

J’ai commencé le théâtre quand j’avais 8 ans en amateur. Et l’expérience m’a tellement plu que j’ai continué jusqu’à la terminale. Au début de mes études supérieures, j’ai arrêté, j’ai décidé sur le tard de rejoindre le milieu du théâtre professionnel. A mon arrivée à Paris (je viens du sud), j’ai fait une reconversion et j’ai rejoint La Manufacture de l’Acteur. C’est un projet qui s’est imposé par nécessité quand je me suis rendu compte que le monde du travail classique n’était pas fait pour moi et que le théâtre était plus qu’un hobby mais un métier à mes yeux.

Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours à la Manufacture ?

Je suis en troisième année à la Manufacture de l’acteur. Mais à l’origine, je faisais parti de la promotion précédente. Malheureusement, l’arrivée du covid a vu le festival d’Avignon annulé et nous n’avons pas pu y partir. Pendant un an, j’ai fait mes expériences de mon côté, et finalement on m’a proposé de faire partie de la troisième année qui se mettait en place. Le programme m’a intéressé puisqu’il était très axé professionnalisation, en plus de me permettre de participer au festival d’Avignon.

Comme je vous le disais, le festival d’Avignon 2020 où nous devions jouer a été annulé. Et je devais également partir à Avignon l’année dernière avec un spectacle de rue mais les restrictions sanitaires n’étaient pas propices à cette forme et nous avons laissé tomber. Cette année sonne un peu comme une revanche. Je vais le faire, cet Avignon !

Qu’est-ce que tu as fait pendant cette année de pause entre ta deuxième et ta troisième année de formation ? 

A l’origine, au sein de la Manufacture de l’Acteur, nous devions répéter et jouer à Paris Le Dindon de Feydeau, spectacle qui remplaçait l’Avignon que nous n’avions pas pu faire. Mais les confinements successifs et la longue fermeture des théâtres ont fait que nous avons fini par partir chacun de notre côté. C’était une période très frustrante.

Une fois le Dindon avorté, j’ai rejoint de nouveaux projets. Il y a entre autres La Machine Infernale, de Cocteau, que je vais d’ailleurs jouer en février de cette année. J’ai continué à travailler sur Richard III, le fameux spectacle de rue que j’avais rejoint l’été précédent. Et puis sur le côté, j’ai continué avec mes propres projets d’écriture. Je dirais que l’objectif de cette année a été de gagner en compétences que je pourrais mettre à profit dans le futur, notamment le chant, la danse, la peinture, l’écriture. J’ai découvert des aires de travail qui m’étaient moins familières et ça m’a permis d’ajouter des cordes à mon arc.

Tu peux nous parler du projet que vous deviez jouer sur Paris? 

Il s’agissait d’une adaptation du Dindon, pour huit acteurs. Ça condensait beaucoup la pièce et les personnages, ce qui avait demandé un gros travail de coupe par notre metteure en scène, Léa Marie-Saint-Germain . Comme c’était une pièce qui devait se jouer sur 1h15, il y avait beaucoup de rythme à mettre en place, ce qu’on a énormément travaillé. 

Quel personnage jouais-tu ? 

Je jouais le Dindon lui-même, Monsieur Pontagnac, et également Monsieur Pinchard. Deux personnages haut en couleurs ! Pour moi, c’était un challenge pour les changements de costumes parce que très souvent je n’avais qu'une ou deux répliques pour passer d’un personnage à l’autre, et j’avais beaucoup aimé relever ce défi. C’était décevant de ne pas pouvoir le montrer au public mais c’était une belle aventure, et nous avons beaucoup appris. 

Quel personnage as-tu préféré? 

Quand bien même Pontagnac est un des personnages principaux, Pinchard était très amusant à aborder. On lui avait donné un accent marseillais, et puis il s’autorisait beaucoup plus de choses et il y avait un côté rafraîchissant à pouvoir le jouer. Pontagnac nécessitait beaucoup plus de rigueur et de travail. J’avais moins l’opportunité de partir à droite et à gauche. 

Est-ce que tu peux nous parler de ta rentrée avec cette nouvelle promotion? Comment on s’intègre à une classe déjà construite ? 

Ce qui a facilité la tâche, c’est le fait qu’on soit peu et on est deux élèves à ne pas venir de la promotion Labiche à l’origine. Et puis c’est une promotion que j’avais vu évoluer, je venais de la classe précédente et j’avais déjà travaillé avec eux sur différents projets. Ce ne sont pas des inconnus. Ce qui est intéressant, c’est la nouvelle dynamique de classe que l’on découvre, les personnalités sont différentes et le fonctionnement du groupe en est modifié. Aujourd’hui, on a pu s’apprivoiser au-delà de la relations de “collègues” ou de “camarades” et apprendre à se connaître personnellement. Tout s’est fait très naturellement en somme, et j’en suis très content.

Des attentes pour Avignon ?

Je pense qu’on a besoin de faire quelque chose de drôle, une comédie serait la bienvenue. Notamment pour continuer le travail du rythme entamé avec Le Dindon de Feydeau. Et si nous sommes une petite troupe, le travail du rythme va être d’autant plus décuplé. J’ai hâte de voir l’envers du décor, aller parader tous les jours, attirer de nouvelles personnes, la vie en communauté. Je me demande comment ça va être de vivre et de partager cette expérience tous les jours. Je pense que ce sera très émouvant puisque pour moi ce sera mon premier avignon. Donc j’espère qu’on aura une belle comédie avec laquelle s’amuser et faire plaisir au public ! Je crois qu’après cette période particulière, on a tous besoin d’ondes positives ! Maintenant si c’est une tragédie pourquoi pas tant que le rôle est intéressant à défendre. 

Quel personnage aimerais tu jouer ? 

En terme de personnage, j’aimerais bien jouer un méchant. Je suis souvent dans des rôles entre-deux, ni vraiment le héros ni vraiment l’antagoniste. Il me semble que ce serait amusant. J’ai joué beaucoup de personnages féminins dernièrement et ça m’a permis d’explorer l’expression du genre. Maintenant j’aimerais travailler sur l’autorité, comment un personnage impose son aura sur scène par sa seule présence. Et expérimenter avec des personnages en position de pouvoir, qui peuvent être craints ou respectés par les autres protagonistes. 

Un moment préféré de toute ta formation ? 

En janvier 2020, nous avons effectué l’ouverture de la soirée d’impro. C’est un événement qui regroupe les élèves du Cours Clément et de la Manufacture de l’Acteur pour un match d’improvisation annuel. C’est un moment très festif, et pour introduire ces matchs, les élèves de la Manufacture présentent un show d’ouverture.

Pour cette fois-là, c’était un mélange de chant, de danse et de comédie, dont les répétitions se sont étalées sur un mois et demi. Et quand on est arrivé sur scène pour le présenter, c’était un kiff phénoménal, c’était que de la joie. Au moment où on a fait éclater les confettis, il y avait quelque chose de très symbolique, on célébrait une nouvelle année, une nouvelle direction. Les retours ont été géniaux, on était épuisés mais qu’est-ce qu’on était contents ! 

Tes projets en dehors de la Manuf ?

J’en ai déjà un peu parlé, mais il va se jouer cette année La Machine Infernale, où j’interprète Tirésias et je travaille toujours régulièrement pour la pièce Richard III. Il y a aussi un Dom Juan pour lequel je répète, avec d’anciens camarades de ma promotion, qui à l'origine était un projet d’école. Finalement, on s’est dit que ça vaudrait le coup de l’amener plus loin. Ce qui est intéressant c’est qu’on a créé ce projet entre nous mais quand on l’a exporté en dehors de La Manufacture, on y a intégré des acteurs qu’on connaissait chacun de notre côté ! On est assez fier que quelque chose fait pour un examen devienne une pièce qui a vocation à tourner dans le futur proche.

Une autre amie et ancienne camarade, Tiphaine Berard, m’a présenté à un metteur en scène pour un rôle qu’il recherchait. J’ai lu la pièce, Exit de Fausto Paravidino, et j’ai rejoint le projet. Et ça va être pour nous notre premier projet théâtral rémunéré, on va avoir pas mal de représentations en octobre et en novembre 2022. 

Un mot de la fin? 

Cette année si je ne vais pas à Avignon je fais un malheur ! Parce qu’une fois ça passe, deux fois ça lasse, trois fois ça casse !

 

C'en est fini pour Kévin, on vous retrouve très vite avec le portrait de Raphaëlle, troisième membre de la troupe !


Une petite histoire du théâtre - le XVIIIe siècle

Pour devenir un acteur accompli, il est souvent nécessaire de savoir ce qui a fait de notre discipline ce qu’elle est aujourd’hui. Pour les futures comédiens et comédiennes, le théâtre, dont on retrouve les premières formes dès l’Antiquité, est une mine d’inspiration. Et pour que vous ne passiez pas pour un inculte, on vous résume dans cette rubrique, Une petite histoire du théâtre, les principaux auteurs et courants théâtraux de chaque époque. Cap sur le XVIIIe siècle et les Lumières !

Le XVIIIe siècle : à grand bouleversements, grands divertissements 

Le théâtre des Lumières voit le jour en plein mouvement de contestation. A la mort de Louis XIV en 1715, les restrictions et l’austérité religieuse qu’il avait imposé à la fin de son règne cessent. Le peuple à soif de divertissement et le théâtre de foire explose. Le vent contestataire qui monte peu à peu dans la deuxième partie du siècle contribue à attiser le refus des règles et des cadres. On relègue au placard le théâtre classique et ses conventions très strictes. La tragédie est délaissée car le public se désintéresse des intrigues lourdes et mythologiques. Dans ce contexte tendu, deux genres émergent et viennent dominer le théâtre du XVIIIe siècle : le drame bourgeois et la comédie de mœurs. 

Le drame bourgeois

Le drame bourgeois apparaît au début du courant des Lumières, pour disparaître avec la fin du XVIIIe siècle. Se refusant de la rigueur des règles de la tragédie et de la caricature dessinée par la comédie, il propose un intermédiaire entre les deux. Mettant en scène des personnages bourgeois, ses pièces à la tonalité dramatique, sont tournées vers des problèmes sociétaux et familiaux plus actuels que les malheurs des grands héros antiques. Pour autant, ce courant théâtral affectionne l’exagération et les intrigues romanesques.

Le naturel devient plus important que la vraisemblance, et cette exigence met l’accent sur les acteurs. Sous l’impulsion de Diderot, les premières théories sur le jeu des comédiens sont écrites. L’écrivain prône les vertus de la pantomime pour porter les grands moments d’émotions plutôt qu’avoir recours à la parole par des textes lyriques. 

Dans la forme, c’est en partie au drame bourgeois qu’on doit la séparation entre la scène et le public. Au milieu du siècle, grâce à certaines créations de Voltaire, on supprime les bancs situés directement sur le plateau et on encadre la scène avec des rideaux. C’est l’âge d’or du théâtre à l’italienne. Les décors s’organisent pour donner l’illusion de perspective, avec des peintures en trompe l'œil en fond de scène et un plateau légèrement incliné. 

 

La comédie de moeurs

La comédie de mœurs est le genre à la mode et celui qui va dominer tout le siècle. Si elle se réclame de Molière, elle aborde des thèmes différents, principalement orientés vers la critique sociétale. Il est indéniable que son objectif est contestataire et que sous couvert du rire, elle contribue à faire naître ou à attiser les idées révolutionnaires.

Pour ce qui est de ses caractéristiques, la comédie de mœurs se reconnaît principalement par sa tonalité satirique. La satire utilise la moquerie et la caricature pour critiquer un individu ou un groupe d’individus. Il n’est pas difficile en se penchant sur les pièces présentant la vie de maîtres et des valets à leur service, de s’imaginer ce que la comédie de mœurs cherche à faire ressortir.  Les procédés communs à la satire sont l’exagération ou la diminution d’un fait, d’une personne ou d’un objet dans le but de ridiculiser, la parodie, et la juxtaposition de deux choses d’importances différentes en soutenant qu’elles ont pourtant la même importance. 

 

Les dramaturges incontournables de cette époque

Denis Diderot, théoricien du drame bourgeois, s’impose en chef de file de ce courant théâtral. Il écrit deux essais : Paradoxe sur le comédien et De la poésie dramatique. Avec ses pièces, Le Fils Naturel et Le Père de Famille, il tente d’imposer sa vision d’un nouveau théâtre. 

Quant à Marivaux et Beaumarchais, ils sont sans conteste les deux nouvelles figures théâtrales de ce nouveau siècle. 

Le premier domine la première moitié du siècle avec un théâtre qui parle du sentiment amoureux, avec des intrigues psychologiques. Le langage amoureux qu’il utilise, plus subtil et raffiné, donne dès son vivant lieu à l’expression “marivauder”. Si Marivaux laisse derrière lui deux drames bourgeois (La mère confidente et La femme fidèle), il est surtout reconnu pour ses comédies. On notera parmi elle Le Jeu de l’Amour et du Hasard et La Double Inconstance.

Beaumarchais vient conquérir la seconde partie du siècle, en s’essayant au drame bourgeois avant de triompher avec ses comédies de mœurs. Son utilisation piquante du registre satirique ponctue la trilogie qui a fait son succès : Le Mariage de Figaro, Le Barbier de Séville et L’Autre Tartuffe ou la Mère Coupable. En y mettant en scène le valet Figaro et ses idées révolutionnaires, il prône l’avènement de la bourgeoisie et le triomphe des valets. 

Il est impossible de clôturer ce chapitre sur le théâtre du XVIIIe siècle sans parler des tragédies de Voltaire, qui s'épanouissent telles des réminiscences du classicisme du siècle précédent. Il garde la structure classique et les alexandrins mais explore des sujets plus modernes allant de la moralisation des mœurs, au républicanisme et au refus du fanatisme religieux. A son époque, il règne en maître sur la Comédie-Française pour laquelle il rédige plus de 30 pièces, dont Œdipe, Mahomet, et Zaïre, ses plus grands succès.