Bienvenue à la promo Charles Chaplin !
Une moustache, une canne et un chapeau suffisent à l’identifier en un clin d’œil. Mais si Charles (Charlie) Chaplin se confond souvent dans son Charlot, alter ego burlesque, comique et politique, il est bien plus que ce personnage culte. Puisque la nouvelle promo de première année prend son nom, c’est l’occasion de revenir sur l’homme derrière l’image.
Charles Chaplin, une vie d’artiste

Ainsi, raconter la vie de Chaplin, c’est « le plus spectaculaire de tous les récits jamais racontés sur l’ascension des haillons aux richesses », comme le dit son biographe David Robinson.
C’est pourquoi cette origine est essentielle pour comprendre son art. Avant d’être cinéaste, il est un homme de scène, formé au rythme, au geste, à la pantomime et à cette relation immédiate avec le public qui caractérise le spectacle populaire. Avant d’être cinéaste, il est un homme qui a connu la misère et s’est battu pour en sortir. Dans son cinéma les pauvres ne sont jamais des silhouettes pittoresques destinées à provoquer le rire. Iels ont une faim, une fierté, un désir d’amour, iels ne rêvent pas de sommets ou de domination mais veulent simplement accéder à une vie décente, heureuse, paisible. Iels veulent se libérer de l’oppression et cherchent uniquement à ce que l’on les considère.
Le premier rôle de Chaplin au théâtre, après des années dans le music-hall, tombe en 1903. Le spectacle est ce qu’on appelle un four et s’arrête au bout de 2 semaines. Toutefois, c’est assez pour que la critique remarque le talent comique de Charles. En 1908, à 19 ans, il rejoint la troupe prestigieuse de Fred Karno, grâce à son demi-frère Sidney qui l’a intégrée deux ans plus tôt. C’est avec elle qu’il connaîtra Paris, en jouant un mois aux Folies Bergères.
L’éclosion américaine
C’est aussi avec la troupe de Karno qu’il part en tournée aux États-Unis et qu’il y décroche un contrat avec la New York Motion Picture Company. La carrière américaine de Chaplin commence, nous sommes en 1914.
Alors qu’il joue ses premiers rôles dans des films muets, il en profite pour se familiariser, déjà, avec la réalisation. Son premier rôle, celui d’un dandy qu’il a détesté endosser, l’affublait d’une redingote étriquée, chapeau haut-de-forme et grandes moustaches tombantes. Son second rôle, dans L’Etrange Aventure de Mabel, sera le premier dans le costume de Charlot. C’est ainsi que Charlot devient un personnage à part entière, modeste héros d’aventures multiples à venir, déclinées comme une série cinématographique.
« Je voulais que tout soit une contradiction : le pantalon ample, la veste étriquée, le chapeau étroit et les chaussures larges… J’ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression. Je n’avais aucune idée du personnage mais dès que j’étais habillé, les vêtements et le maquillage me faisaient sentir qui il était. J’ai commencé à le connaître et quand je suis entré sur le plateau, il était entièrement né » – Charles Chaplin

Dans cette suite cinématographique infernale, Edna Purviance sera l’actrice qui l’accompagnera presque systématiquement. En huit ans, elle sera à l’affiche à ses côtés dans plus de trente films. Il faut dire que Chaplin tourne, entre 14 et 18 un film presque tous les mois…
Chaplin, cinéaste
Si en 1918, il continue les aventures de Charlot, il commence à se donner du temps pour soigner la qualité de ses réalisations. Il développe son style cinématographique, sa patte de réalisateur. Une Vie De Chien, premier sorti de cette nouvelle ère, sera qualifié par le critique français Louis Delluc de « première œuvre d’art totale du cinéma ».
Frustré par le manque de moyen qu’on lui alloue, il décide, avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W.Griffith de fonder une nouvelle société de distribution, la United Artist, aujourd’hui célèbre.
Viennent les grands tournants des années 20. Avec The Kid, Chaplin tourne son plus long métrage jusqu’alors. Un bébé de 68 minutes qui a pris neuf mois de tournage. Puis en 1925, il signe avec La Ruée Vers L’Or, qui chiffre à près d’un million de dollars, ce qu’il considère comme son meilleur film jusqu’à présent. Ce sera l’un des plus gros succès du cinéma muet.
1929, se tient la première cérémonie des Oscars. Il y reçoit un Oscar d’honneur, pour sa polyvalence et son génie à jouer, écrire, mettre en scène et produire Le Cirque (The Circus). Nous sommes au moment de l’apparition du cinéma parlant. Chaplin craint que donner une voix à son Charlot ne signe la fin de l’aventure. Il faudra s’adapter, mais avant de céder il résistera avec brio. Les Lumières De La Ville, sorti en 1930 est un succès populaire retentissant qui rapporte gros.

Charles, Charlie, Charlot
On s’y perd parfois dans la dénomination de Chaplin. Même nous, on s’est demandé si l’on devait appeler la promo Charles ou Charlie Chaplin. Durant presque toute sa carrière, il a été Charlie Chaplin, créateur et interprète de Charlot. Charlie Chaplin, acteur, réalisateur, producteur. L’homme orchestre qui veut contrôler tous les aspects de ses films pour garder sa liberté, exprimer sans entrave sa vision. Il élabore alors un langage cinématographique d’une remarquable précision, fondé sur le rythme, le geste, le cadre et le montage. Chaplin c’est avant tout un style.
Le personnage de Charlot, lui, est l’alter ego qui colle à la peau de Chaplin. Sa créature, son double cinématographique, né en 1914, à l’écran, à la fois comique et profondément mélancolique. C’est lui qui fait de Charlie une star internationale, la première peut-être à cette échelle. Charlot s’exporte. Partout. Le succès est immédiat. En , les imitateurs professionnels de Charlot sont si répandus qu’il lance des actions en justice.
Mais en 1940, Charlie se dédouble définitivement de son Charlot. Dans Le Dicatateur, il fait un pas de plus, un pas de géant, dans le cinéma politique. Cette fois il n’y a pas de suggestion, il aborde frontalement la critique des régimes totalitaires, et de celui du IIIe Reich en particulier, sans masque, et en pleine Seconde Guerre Mondiale. De Charlot ne reste que la moustache, qu’il portait bien avant Hitler, et qui lui permet d’incarner sa caricature à la perfection. Deuxième rupture : c’est le premier film parlant de Chaplin. Pour la première fois Chaplin fait entendre sa voix. La sienne et celle de son personnage. Le discours de fin est un morceau culte que l’on peut retrouver sur Youtube.
« Monsieur Verdoux est le plus intelligent et le plus brillant des films que j’ai réalisés » – Charles Chaplin
Juste après la sortie du film, il connait une série de procès liés à sa vie sentimentale et des controverses à la suite de son nouveau mariage avec Oona O’Neill, 18 ans alors qu’il en a 54… Chaplin est épuisé. Charlie disparait et c’est désormais Charles Chaplin que l’on peut voir à l’affiche. Le premier film de cette nouvelle ère est Monsieur Verdoux. C’est aussi le premier film où plus aucun élément de Charlot n’apparaît puisque la moustache qui servait au dictateur est désormais taillée en fine ligne retroussée. Une comédie noire qui critique en filigrane le capitalisme. Bien que cité aux Oscars pour le meilleur scénario, c’est un échec commercial aux États-Unis.
Une fin de carrière loin d’Hollywood
Héros international, emblème américain, Charlie devient pourtant indésirable dans les années 50. Blacklisté par l’administration américaine qui mène une véritable chasse aux sorcières contre les communistes.

Après quoi suit une série de reconnaissances internationales. Et c’est après avoir reçu un des Prix International de la Paix en 1953, qu’il signe Un Roi à New-York, satire miroir de sa récente histoire de désamour avec les Etats-Unis. Le dernier film de sa carrière est La Comtesse de Hong-Kong, avec Marlon Brandon et Sophia Lauren. Chaplin n’apparaît que furtivement à l’écran. Un échec commercial et critique à sa sortie.
Sa fin de carrière est dédiée à la réédition de ses films plus anciens. En 1971, lors du festival de Cannes, il est fait Commandeur de l’Ordre National de la Légion d’Honneur. L’année suivante La Mostra de Venise lui décerne un Lion d’or pour sa carrière, et les Oscar un Oscar d’honneur.
Un génie qui ne vieillit pas
En définitive, la silhouette de Charlot appartient à cette mémoire universelle où certaines figures ont cessé d’être de simples personnages pour devenir des symboles. Avec elle, c’est l’artiste qui lui donne vie qui transcende le temps, traverse les époques sans se démoder.
Dans les films de Charlot, la police le poursuit, les riches l’ignorent, les machines l’engloutissent, le travail l’épuise. Pourtant, il continue. Une chute, un regard vers la caméra, un bref réajustement du chapeau — et le voilà reparti. Chaplin sait que l’existence humaine est faite de déséquilibres. Nous tombons, nous nous relevons ; nous cherchons l’amour, nous connaissons la solitude ; nous espérons la prospérité et découvrons parfois la précarité. Le génie du comédien consiste à donner à ces expériences ordinaires une forme immédiatement lisible.
Ainsi, l’importance de Chaplin ne se limite pas à ses talents de comédien. Il a contribué à faire du cinéma un langage universel capable de raconter des histoires sans dépendre des mots. Ses films montrent que la comédie peut aussi se nuancer de mélancolie, de noirceur, et servir à dénoncer l’injustice, critiquer la société et défendre des valeurs comme la liberté et la dignité humaine. L’influence de ses œuvres est considérable. Ses récits sont intemporels, sans cesse réactualisés par l’Histoire en cours.

