Jeudi dernier, une partie de nos élèves a eu la chance d’assister à une masterclass du comédien, metteur en scène et auteur Philippe Torreton, organisée à La Scala, où il joue actuellement Figaro dans La Folle Journée, mise en scène Léna Brebant. On vous résume ce qu’on a retenu et ce qui s’est passé !

Le personnage est une illusion d’optique, créée par le∙la spectateur∙ice, provoquée par l’acteur∙rice

Pour Philippe Torreton, le théâtre c’est l’art de dire, plus que l’art de jouer. Il faut « dire bien ». Le but n’est pas tant de jouer un personnage mais de DIRE ce qu’il dit. Prenant l’exemple d’Hamlet, il a brillamment exposé que le personnage de Shakespeare est un texte avant tout. Il peut être plusieurs visages. Qui il est ne compte pas tant que ce qu’il a à dire. Hamlet ce n’est pas un genre, un sexe, une couleur de peau, c’est le texte qu’il porte qui fait ce qu’il est. En ce sens il n’y a pas de frontières, de limites à un personnage. La mission de l’acteur est de défendre ce que l’on a à dire dans un texte. Quand on se missione pour un texte, on s’oublie et c’est là que l’on apparaît vraiment.  Que le personnage apparaît. La voix va aller avec ce que l’on a à dire. Il ne s’agit pas de modifier sa voix pour dire, mais bien de laisser sa voix être influencée par le dire. C’est ainsi que le personnage sera vrai.

Apprendre par le coeur

L’important pour un∙e comédien∙ne dans cette optique de dire, c’est évidemment avant tout de bien comprendre un texte. On ne peut bien interpréter sans avoir conscience de ce que l’on énonce. On ne sait jamais vraiment un texte que lorsqu’on l’a bien compris. C’est ce que Daniel Mesguich, acteur, metteur en scène et professeur, appelle « apprendre par le cœur ». Il faut déconstruire le texte pour le rendre naturel. Comme si l’on inventait au fur et à mesure. Il faut « s’extraire » du texte, être « ignorant » dans une certaine mesure, pour veiller à ne jamais arriver avec des préconçus sur un personnage avant de lui donner forme.

©️ Ambre Reynaud

Le rire est une preuve d’écoute.

Si l’on ne rit pas à votre blague, c’est peut-être qu’elle n’est pas drôle, mais c’est souvent parce qu’on ne l’a pas écoutée. Si l’on rit à ce que vous dites, c’est en tout cas que vous avez capté l’attention. Sur ce point, constatant que la comédie est trop rarement reconnue par la profession, en France a minima, Philippe Torreton est revenu sur l’importance du genre et comment les frontières doivent être poreuses dans la catégorisation des œuvres. Il a à ce propos pris l’exemple des Fourberies de Scapin, où il joue en 1998, dans une mise en scène de Jean-Louis Benoit, un Scapin qui lui avait valu une nomination aux Molières. Si cette pièce est lue au premier degré, apparaît alors toute la noirceur du texte. Ce que l’on y raconte en réalité est terrible et le comique n’est qu’un prétexte. C’est d’ailleurs pour cela que cette interprétation s’était construite sur ce noir sous-jacent. De même, dans la tragédie il peut y avoir du rire. Ce n’est pas parce qu’on est dans Hamlet que l’on ne peut pas faire rire.  Il ne faut pas hésiter à sortir des règles.

Le théâtre est un « art d’insatisfaits. De gens insatisfaits de la vie telle qu’elle est »

Le théâtre c’est découvrir l’autre. C’est aussi se découvrir soi par les autres. Par les auteurs, les textes. Et c’est pour cela que la démocratisation de la culture est si importante. Lorsque l’on est acteur∙rice, grande est la tentation de se comparer, de vouloir ressembler, d’imiter, mais Philippe Torreton a donné un conseil de grande valeur au public de sa masterclass : la comparaison est source de désillusion. Trop penser « à soi », dans le sens d’avoir trop conscience de ce à quoi l’on ressemble ou veut ressembler, est source de déception.

À l’issue de cette masterclass, était organisée une lecture publique du célèbre monologue de Figaro, découpée pour que plusieurs participant∙es puissent se succéder. Plusieurs élèves de première année ont ainsi eu la chance de déclamer quelques mots à l’oreille attentive du comédien, qui leur a donné des conseils sur la manière de « dire » ce texte, et des clefs pour mieux le comprendre. Une leçon qu’iels ne sont pas prêt∙es d’oublier !